Extraréel
"Six personnages en quête d'auteur", un livre que j'ai lu aujourd'hui. Joli titre. Il raconte l'histoire de personnages fictifs, mais bien vivants, et qu'on croit acteurs de théâtre d'un drame pourtant bien réel et vrai. Épouvantablement vrai.
Sur ce blog, je rejoue mon petit théâtre. Tout y est dit sans trucage. Le torrent des petits riens se fige, prends forme… ma vie devient fiction. Je n'ai pas menti: tout ce que que j'ai écrit ici m'est "arrivé", réellement, cruement, simplement.
J'ai vraiment vécu en squat pendant 3 mois. J'ai vraiment bu l'huile au goulot pour me faire un repas. J'ai vraiment fait l'amour avec ces filles. Mais !
Mais de moi, vous n'aurez jamais le réel, vous n'aurez pas même le réalisme. Je les laisse aux chercheurs et aux théoriciens. De moi vous n'aurez que l'extraréel.
L'extraréel c'est le réel sans prénom pour le contrôler. C'est le torrent des petits riens sans mots pour le figer. Je peux l'appeler la vie si ça vous plaît, mais l'appeler c'est déjà le tuer. L'extraréel, c'est l'incroyable réalité de l'instant, c'est la vie qui vit sans notre aide avec nous dedans. Comment mettre des mots sur ce qui refuse le commentaire ?
Et pourtant j'essaie, parce que je suis fasciné. C'est ma tentative chaque fois que j'écrit de nouvelles #instantannées. C'est l'émotion qui m'envahit dès que je me rapelle de cette chance d'être au monde, de la pointe des pieds jusqu'en haut du crâne, jusqu'en bas de la mer et le haut des montagnes ! De cette chance d'être.
J'aimerais pouvoir être aussi lucide -extralucide- plus souvent. Mais la vérité, c'est que souvent, je suis trop fatigué. La plupart du temps pour moi, la vie est normale, fade. C'est bête: je sais pourtant, et je m'imagine sans cesse l'infinie étendue du réel, l'infini nombre de potentiels simultannés qu'il nous est ammené de vivre à chaque instant… et j'accepte le tout, l'univers, la vie et le reste, sans m'émouvoir. Je me laisse oublier l'incroyable véracité du réel. Par paresse.
Je jure de travailler l'instant comme un peintre à son tableau, et quand il me sera venu de mourir, je serais fier de mes couleurs et de la fresque que nous avons peint.