➳ Crapahute à Vélo

Partir c'est fait pour s'arrêter

Partir c'est fait pour s'arrêter ...que m'a dit un gars comme ça, en janvier dernier.

J'ai eu besoin de m'arrêter là, ya pas longtemps. Poser mes fesses sur une chaise, au chaud, regarder le mur longtemps, regarder des arbres ou des poules, mais longtemps, en réfléchissant. Parler beaucoup aussi, avec plein de gens. Et pas seulement les écouter: poser des questions. Des questions très directes, sincères, pour ne pas se laisser dire. Parce que c'est comme ça qu'on a des réponses sincères. Puis arrêter de parler parce qu'on a plus envie. Lire un livre, parce qu'un livre, ça parle à voix basse.

Ça me permet de faire le point, bêtement. J'en suis où ? Je fais quoi ? Pourquoi ? Je regarde une carte et je dis à voix haute "Alors là, j'y vais !", et j'y vais parce que j'ai envie. S'arrêter c'est bien pour repartir aussi.

Peut-être un jour je vais m'arrêter pour de bon. Ya des gens parfois qui s'arrêtent plus, poussés par je ne sais quoi, le vent, la peur, la faim ou le passé qui tape au cul. J'ai un peu peur de ça. Parce que dès que je m'arrête ya un gnome de cerveau qui se mets à pédaler à toute vitesse tellement fort que ça fait viouuu à l'intérieur et en plus il crie par dessus "t'arrêtes pas t'arrêtes pas t'arrêtes pas t'es con repart vite vite vite" avec toujours le viouuu de la roue derrière qui fait vriller la tête. Ça m'empêche de penser des fois.

Peut-être un jour je vais m'arrêter pour de bon. Je le saurais pas à ce moment-là, je veux pas le savoir d'ailleurs. Je veux être surpris de mourir et de me dire tiens, je suis mort là, pourtant j'aurais pu mourir ailleurs. Pis même sans y aller jusqu'à crever, se surprendre à rester 1 an, 2 ans, 30 ans au même endroit, et jamais se lasser. Ou peut-être si mais jamais assez pour repartir.

Ya des endroits par exemple, je sais que je vais m'y arrêter, mais je sais pas combien de temps. On verra ça quand je me poserais la question. Si je me pose la question c'est que je veux déjà partir.

Ya des endroits aussi d'où je voulais partir. Des endroits que j'ai connus avant. Etrangement, c'est des endroits où je suis revenu sur ma route: anciennes connaissances, passages de vie difficiles. Je ne voulais pas y aller, mais j'ai su que je devais, alors je m'y suis arrêté. C'était dur quelques fois. Puis quand c'était le moment, j'en suis reparti. Ça, c'était souvent plus facile.

Alors je regarde le mur. Je regarde les poules, les arbres. Je réfléchis.

Je vais repartir, je repartirais. Mais je sais mieux où je vais.

#liberté #voyage