➳ Crapahute à Vélo

(pendant ce temps à Brest)

On est en juin 2021. Les grosse chaleurs montent à 35 degrés, le corona n'est plus qu'un pet malodorant et l'équipe de France vient de perdre en 8eme de finale contre la Suisse. Les terriens s'étirent avec les yeux plein de merde, comme après une sieste de 20 minutes qui a duré 2 heures, et déjà les plus gosses d'entre eux font la course à qui plongera le premier dans l'eau tiède de l'été.

Les parents sont au travail. Le frère est au PC, la sœur sur le smartphone. Papi est au jardin.

Pendant ce temps à Brest, il pleut. Comme toujours, comme suspendu.

Bien sûr, le temps ne s'arrête pas quand je reviens ici, mais la sensation est étrange. Je retrouve mon lit et ma chambre, et l'ombre du garçon que j'ai été là-bas. Le tout est un souvenir confortable, dans lequel je me glisse facilement sans même y réfléchir. Vagabond à vélo, accordéoniste ? Il disparaît sous les fesses du fils un peu pataud, discret, arrangeant. Difficile d'être l'autre quand celui-là prend tant de place autour de moi. Difficile de briser la statue de marbre quand le jardin est tout construit autour. Imaginez-moi à tenter de convaincre les jardiniers.

En revenant de Gouesnou je suis passé par une pépinière. Et si j'achetais des pieds de fruitiers ? Je me ferais jardinier, et je me ferais un beau verger, un nouveau jardin. Dans celui-là il n'y aura pas de statue, les bustes et les visages ça prend trop de place et ça ne produit rien. Je préfère les arbres: que les fruits soient bons ou mauvais, leur ombre reste douce et impersonnelle.

Temps et espace se confondent. Ici devient hier, et je revis douloureusement ce que j'ai déjà vécu. Ou plutôt, je me laisse vivre à nouveau ce que j'ai déjà vécu, sans broncher. Auto-otage.

Quel été merveilleux, j'avais oublié comme les journées pouvaient être douces et belles. Rafraîchi par une mousse, mes yeux s'ouvrent à nouveau sur ce que je voyais déjà. Il fait beau, nous buvons et nous sourions, et je suis ici, et je suis maintenant. Un peu de drogue houblonnée, et le cerveau va oublier (c'est optionnel mais ça aide beaucoup). Programmé pour suppression: 6 paragraphes blogués, 8 ans d'adolescence tardive, sensations, photos et archives associées. Quelle merveilleuse machine !

#brest #inspirédefaitsréels #mémoire #psycho